La saison des heures de visite dure quelques minutes au téléphone. Se rappeler un numéro : une montagne. Trop haute pour prendre des nouvelles. En donner. J’aiguise mon silencieux en imaginant le soleil se lever.
Je me repose en pensant à la sainteté des loutres sur l’eau : je fais du pouce sous mes paupières, mon pays est l’absence et la promesse de lumière. Les ampoules s’éteignent comme des races d’oiseaux, à l’heure, quand les foules charrient chez elles les carcasses cassées des enfants devenus adultes, grains de sable, virgules. S’il vous plaît, privez-moi de gravité terrestre,
greffez-moi
les Îles-de-la-Madeleine à la place du foie,
mon corps me va comme un gant perdu sur la route
entre l’invisible et le bout de mes forces.
Entre immensité de la nature et enfermement, ce poème évoque ce qui peut nous manquer lorsque le corps fait défaut.
- Ce poème évoque différents lieux. Pouvez-vous en dégager deux?
- Le champ lexical de la nature est omniprésent dans ce poème. Soulignez les mots qui y sont reliés. Quel rôle joue ce champ lexical dans le poème? Quelle ambiance crée-t-il?
- À quoi vous fait penser l’expression « heures de visite »? Qu’est-ce que cette expression nous dit quant au contexte du poème?
- Dans le vers « mon corps me va comme un gant perdu sur la route », le locuteur utilise une expression bien connue (« me va comme un gant »), mais la détourne en y ajoutant « perdu sur la route ». Qu’est-ce que cet ajout modifie dans le sens de l’expression?
- La majorité du texte est écrite en prose. Tentez d’abord de le lire à haute voix, tel quel. Puis, tentez de le découper en vers, en créant des sauts de vers à l’intérieur des phrases et non simplement entre chaque phrase. Lisez-le à nouveau. Qu’est-ce que ce changement modifie dans le rythme de votre lecture?
ACTIVITÉ D’ÉCRITURE
Imaginez que vous êtes contraint à un lieu fermé depuis plusieurs semaines. Qu’est-ce qui vous manquerait? Qu’auriez-vous le plus envie de faire? Écrivez un texte au « je » depuis ce point de vue.
LIENS UTILES
François Guerrette interprète son poème « Nous sommes tous des dieux fragiles » : https://www.maisondelalitterature.qc.ca/le-salon/media/francois-guerrette-tac/
François Guerrette, La base et le sommet, Poètes de brousse, 2025, p. 44.